Histoire...     

mardi, 14 juin 2011 16:50

Biographie de John Wesley

En juin 1720 John entre au collège de «Christ Church», à Oxford. Pendant cinq ans il mène la vie habituelle des autres étudiants, tout en s’appliquant à l’étude des langues anciennes et de la philosophie. En 1725, après la lecture et la méditation de l’ «Imitation de Jésus-Christ» et d’ouvrages de Jeremy Tailor, il décide de réformer sa vie, de l’organiser selon un emploi du temps strict, de la consacrer à la piété. En septembre 1725, il est ordonné diacre de l’Eglise anglicane et s’engage ainsi dans le ministère pastoral. En 1726 il est nommé professeur au Lincoln’s Collège d’Oxford, ce qui lui procure l’indépendance financière. Après avoir passé quartorze mois comme vicaire auprès de son père malade, il revient à Oxford. Avec son frère Charles et quelques amis, il fonde un Club de sainteté («Holy Club»). Par ironie, compte tenu de l’application et de la méthode de ceux qui composent ce ‘Club’, on les appelle «Méthodistes». Sobriquet qui subsistera bien au-delà du groupe d’amis qui communient fréquemment, visitent les malades, les pauvres, les prisonniers, qui étudient avec soin les Ecritures, qui prient avec ferveur.

En 1735 se produit un événement important pour la vie des deux frères. Ils s’embarquent pour la Georgie (Sud des Etats-Unis) sous le patronage de la "Société pour la Propagation de l’Evangile". Charles ne reste que sept mois aux Etats-Unis. John quitte l’Amérique à la fin de 1737. L’expérience a été décevante. Convaincu d’avoir échoué dans sa fonction, il retourna en Angleterre. Pendant son voyage de retour, il nota dans son journal: "Je suis allé en Amérique afin de convertir les Indiens. Mais qui me convertira, moi?" Mais au cours de ce voyage et lors de son retour à Londres, John Wesley a rencontré des Frères Moraves qui lui ont ouvert de nouvelles perspectives de vie.

Ces chrétiens, qu’anime le comte de Zinzendorf, lui font partager leurs expériences spirituelles et leur consécration totale à Dieu. Un Allemand de la Communauté des Frères Moraves fondée par Zinzendorf, s’employa à faire connaître à John Wesley le chemin qui mène à la foi vivante. Et le 24 mai 1738, John Wesley connaît une vie totalement nouvelle. Ce jour-là, au cours d’une réunion qui a lieu à Aldersgate (Londres), on lit la préface de Luther à l’épître aux Romains. John Wesley a alors la certitude que Christ l’a sauvé "de la loi du péché et de la mort" ; en une véritable conversion, il s’abandonne totalement à Dieu. L’événement le bouleverse: "J’ai senti mon coeur saisi d’une manière étrange. Je ressentais que je faisais confiance au Christ, uniquement à la délivrance par Jésus-Christ, et soudain j’eus la conviction qu’il avait enlevé mes péchés, oui les miens, et qu’il m’avait délivré de la loi du péché et de la mort."
Il ne s’agissait pas d’une approbation strictement intellectuelle de thèses dogmatiques, mais d’une foi vivante, d’une foi qui vient du coeur. La Bible appelle ce bouleversement «conversion» ou «nouvelle naissance». Les grands Réformateurs euxmêmes nous relatent, avec plus ou moins de détails, une telle expérience.

John Wesley commence dès lors un nouveau ministère d’évangéliste. Dans son ministère de prédicateur itinérant, il témoigne en 1738 d’un nouvel élan de vie et confesse cette foi vivante, partout où il en avait la possibilité. Il se rend ensuite à Herrnhut (Saxe) chez le comte de Zinzendorf. La vie des Frères Moraves est pour lui source d’enrichissement spirituel et de joie. A son retour de Saxe, John Wesley se heurte rapidement à l’hostilité de l’Eglise établie, qui n’accepte pas d’autre style de piété que la sienne. Un fidèle compagnon de Wesley, George Whitefield (1714-1770), que l’on peut considérer aussi comme fondateur de l’Eglise Méthodiste, rompt alors avec les traditions anglicanes. Ne pouvant plus prêcher dans les églises, il s’adresse en plein air à de vastes auditoires. John et Charles Wesley en font autant.

A partir de 1739, ils parlent eux aussi en plein air à des foules heureuses d’entendre prêcher la justification par la foi et le salut pour tous. Avec ces quelques collègues d’études, il parcourut l’Angleterre en prêchant l’Evangile. Cette prédication suscita l’intérêt des foules si bien que l’on chercha un nom pour ce phénomène et l’on eut recours à nouveau à l’ancienne dénomination de «méthodistes». Il faut cependant observer qu’il existe une différence entre la piété légaliste de l’ancien groupe d’étudiants sur nommés méthodistes et cette proclamation de la foi vivante, selon l’Evangile. C’est de cette foi vivante que John Wesley a également parlé lors d’un sermon prononcé dans une circonstance solennelle à l’université d’Oxford. Les autorités universitaires, à la fin du culte, lui réclamèrent le manuscrit du sermon afin d’en vérifier la conformité doctrinale avec l’Eglise d’Angleterre. John Wesley le fit publier sous le titre «La foi qui sauve». Plus tard il fut incorporé, avec d’autres sermons, dans les textes fondamentaux du méthodisme. La foi qui est la confiance venant du coeur, demeure l’affirmation centrale du méthodisme.

Au début, c’est entre Londres et Bristol que circulent les deux frères John et Charles. Mais en 1742 John se rend à Newcastle; jusqu’à sa mort en 1791, c’est dans toute l’Angleterre qu’il exerce son ministère itinérant, à raison de 6 à 8000 km par an. Mais il se rend aussi en Irlande et en Ecosse, sans compter quelques brefs voyages sur le continent. Beaucoup d’ecclésiastiques expriment de sérieuses réserves sur le ministère de John Wesley. Sommé par l’évêque de Bristol de cesser toute prédication en plein air dans son diocèse, John Wesley répond: "Les ordres qui m’ont été conférés m’ont fait ministre de l’Eglise universelle."

Avec pour corollaire la liberté d’annoncer l’Evangile partout où c’est possible John Wesley n’a plus jamais exercé les fonctions de pasteur, mais a oeuvré comme évangéliste libre en Angleterre, et ce dans le cadre de l’Eglise Anglicane. Pasteur de cette Eglise officielle, il ne songe pas à la quitter. Il y organise une sorte de «mission intérieure» dont il est le directeur. Souvent déchiré par les tendances séparatistes d’un certain nombre de ceux qui le suivent, il essaie de demeurer dans le cadre de l’Eglise anglicane; en 1758 il publie même «Douze raisons contre une rupture avec l’Eglise anglicane». Ainsi ceux qui avaient été touchés par ses prédications, tout en restant membres de l’Eglise Anglicane, se rassemblèrent dans des groupes comparables aux actuels cercles bibliques de quartiers. Certes, l’Eglise Anglicane, alors consciente de son déclin avait encouragé de petites réunions visant à l’édification religieuse: Wesley avait depuis longtemps des relations avec l’un de ces cercles qui se réunissait à Londres à Fetter-Lane.
Il retint la formule, mais il en renouvela l’esprit et l’organisation, lui assurant ainsi un remarquable succès. Il rassembla ses adeptes en «cercles bibliques réunis» pour lesquels il rédigea les «Règles générales» (qui font partie de la «profession de foi» du méthodisme ). On y lit: "On attend de ceux qui veulent rester dans les cercles bibliques qu’ils prouvent leur soif de salut par des gestes de bienfaisance (...) , qu’ils enseignent, corrigent et exhortent tous ceux qu’ils fréquentent." Cet accent explique que l’on définisse parfois le méthodisme comme le «christianisme pris au sérieux». Il ne faut pas comprendre la formule comme une expression d’orgueil ou de supériorité; en effet, c’est une évidence que dans toutes les églises, la foi devrait être vécue avec la même volonté de sérieux. Pour Wesley, il serait tout aussi vain d’attendre le don de la foi vivante pour commencer à faire le bien que Dieu désire, que de rechercher la justice qui compte devant Dieu en faisant des oeuvres bonnes qui tiendraient lieu de foi.
Avec le méthodisme, c’est ainsi un nouveau style de piété qui se manifeste, en particulier dans la forme du culte et dans le chant. L’accent est mis sur la conversion et la sanctification du croyant. Les laïcs jouent un rôle important dans l’évangélisation, la prédication et l’enseignement.

Mais le méthodisme c’est aussi une nouvelle théologie, et donc des discussions théologiques souvent vives. Un des thèmes dominants du message de Wesley est celui de la grâce: la grâce de Dieu offerte sans distinction à tous les hommes, quels qu’ils soient, comme une offre gratuite de la vie nouvelle. Cette offre de Dieu, les hommes ont à l’accepter et à y répondre par la foi. C’est ce qu’affirme John Wesley dans son sermon «Libre miséricorde», imprimé tout d’abord sous forme de tract, puis incorporé dans la collection de ses sermons; c’est aussi ce qu’exprime son frère Charles dans de nombreux cantiques, en particulier celui qui s’intitule «Rédemption universelle». John Wesley, toutefois, a eu la douleur de voir son ami très proche, le grand prédicateur George Whitefield, adhérer à la doctrine calviniste de la double prédestination, d’après laquelle, selon un décret divin, certains sont destinés au salut, et les autres à la damnation; inversement, certains méthodistes ont poussé à l’extrême l’affirmation d’un salut universel, indépendant de toute acceptation de la part de ceux auxquels il s’adresse; néanmoins, ni Wesley, ni l’église méthodiste durant toute son histoire n’ont jamais inclus ces doctrines dans leur enseignement. Ils ont par contre annoncé joyeusement la bonne nouvelle du salut offert gratuitement à tous, cette grâce prévenante faisant appel à une libre réponse de l’homme qui engage sa responsabilité.

C’est en tant que mouvement d’évangélisation au sein de l’Eglise anglicane que le méthodisme a commencé. Ses propres convictions religieuses ont pris forme dans la confrontation avec différents points de vue théologiques. John Wesley ne s’est jamais considéré comme l’unique représentant véritable de la foi chrétienne. Dans un sermon intitulé: «L’esprit oecuménique», John Wesley prend ses distances par rapport à l’indifférentisme doctrinal. En se fondant pourtant sur le propos de Jéhu à Jonadab (2 Rois 10:15): "Ton coeur est-il sincère, comme mon coeur l’est envers le tien?", John Wesley affirme que la pensée oecuménique, c’est l’amour oecuménique. Fort de cette conviction, il aimerait tendre la main aux autres, comme Jéhu l’a tendue à Jonadab. Il termine son propos par l’exhortation: "Prends garde à toute versatilité dans le jugement ainsi qu’à toute étroitesse de coeur! Garde le même pas, enraciné dans la foi qui a été transmise aux chrétiens une fois pour toutes et fondée sur l’amour, le vrai amour oecuménique, jusqu’à ce que tu sois englouti dans l’amour, d’éternité en éternité."
Cette conception généreuse a eu pour effet que les groupements méthodistes n’ont pas toujours revendiqué comme leurs les mouvements dont ils étaient à l’origine. L’Eglise méthodiste a souvent refusé de s’enfermer en elle-même pour considérer la relation avec les autres comme prioritaire. C’est dans cette ligne que se comprennent la collaboration et la fusion occasionnelles avec d’autres églises.

En Suisse et en France, l’Eglise Evangélique Méthodiste est affiliée à diverses fédérations d’églises protestantes ainsi qu’à des groupes de travail chrétiens. Il existe aussi une collaboration avec d’autres églises en ce qui concerne la mission et les oeuvres sociales.
Parmi les thèmes controversés qui déchirèrent des hommes aussi proches que Wesley et Whitefield, en 1741, la prédestination et de l’universalisme du salut: à cause de leurs divergences de vue, ils se séparent. C’est une grande perte pour l’oeuvre de Wesley, car Whitefield est un remarquable «revivaliste» et un excellent directeur d’âmes. Pourtant il fonde des chapelles là où le besoin s’en fait sentir; en 1739 à Bristol; puis à Londres, dans une ancienne fonderie de canon, d’où son nom: «Foundry». C’est dans cette Foundry que se tient du 25 au 30 juin 1744 une réunion considérée comme le premier synode méthodiste; aux côtés de Charles et de John Wesley se retrouvent quatre pasteurs anglicans et quatre prédicateurs laïcs. Wesley accepte l’épiscopat historique de l’Eglise anglicane, tout en affirmant que le Saint-Esprit peut constituer un épiscopat charismatique; c’est ainsi qu’il agit en évêque à l’égard des Eglises des Etats-Unis : il ordonne un surintendant et deux pasteurs destinés aux anciennes colonies britanniques (1784).

Il finit donc par y avoir rupture entre Wesley et l’Eglise anglicane, et création d’une nouvelle Eglise appelée «Méthodiste», une Eglise qui tente d’adapter l’Evangile à un XVllle siècle en pleine effervescence. Le monde occidental commence à connaître les perspectives nouvelles nées de la révolution industrielle, mais aussi les nombreux et douloureux problèmes posés par une industrialisation rapide et souvent désordonnée. Si une minorité profite largement du développement industriel, les classes laborieuses vivent en permanence dans l’insécurité et la menace de la mort; aussi l’ivrognerie, le jeu, la prostitution, la mendicité, la violence augmentent-ils tout au long d’un siècle qui est plus celui de la démoralisation que de l’immoralité. Le combat mené par Wesley se situe donc sur plusieurs fronts. Sous son influence naissent des sociétés d’éducation (en particulier les écoles du dimanche), des sociétés missionnaires, des sociétés de diffusion de la Bible, mais aussi des groupements pour la lutte contre l’esclavage, des mouvements en vue de réformes sociales et politiques.

Quand John Wesley meurt le 2 mars 1791, il y a environ 70000 méthodistes en Grande-Bretagne. Mais Georges III, qui règne de 1760 à 1820, ne reconnaît pas d’autre Eglise que l’Eglise Anglicane. C’est seulement sous George IV que l’Acte d’Emancipation (1829) résout le problème religieux en Grande-Bretagne en accordant la pleine citoyenneté aux non-conformistes (donc aux méthodistes) et aux catholiques romains.

Au cours de sa vie, John Wesley voit se produire des événements qui modifient considérablement la physionomie du monde, y compris du monde britannique. C’est ainsi qu’au cours des dernières années de sa vie il assiste à la naissance des Etats-Unis d’Amérique et au début de la Révolution Française. Mais en toute circonstance, il veut être et demeurer évangéliste, témoin du Dieu de Jésus-Christ. On lui doit cette phrase célèbre: "Je considère le monde entier comme ma paroisse, par où je veux dire que, en quelque partie du monde que je me trouve, je considère que c’est mon droit et mon devoir strict d’annoncer à tous ceux qui veulent m’entendre la bonne nouvelle du salut."

d’après F. DELFORGE
© UEEM 2001

(Source UEEM)

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